La Lettre des Pôles

La lettre des Pôles

Édito

« De même que tous les arts, le cinéma doit apporter à la jeunesse une seule chose : une aide dans la connaissance de l’homme et de la nature. »

Jean Renoir

Très tôt, j’ai pris conscience des enjeux qui résidaient autour d’une éducation du citoyen avec le cinéma. Très tôt, j’ai perçu le supplément d’âme que les images et les sons étaient susceptibles de porter en nous offrant la possibilité de nous évader, de nous identifier et d’enrichir notre regard sur le monde. Car, au-delà même du cinéma, il s’agit bel et bien d’interroger ce rapport à l’humaine condition avec tout ce que cette notion comporte de valeurs et de respect d’autrui.

Ainsi, mon expérience personnelle de spectateur me renvoie-t-elle à des souvenirs qui ont contribué à forger ma conviction que l’éducation à l’image participe de l’éducation du citoyen. Dès 7 ans, avec le Robin des Bois (1938) de Michael Curtiz, j’ai appris la puissance de séduction de l’image. Un peu plus tard, avec La Guerre des mondes (1953) de Byron Haskin ou L’Exorciste (1974) de William Friedkin j’ai appris à appréhender l’interdit. Y avait-il ainsi des films pour les enfants et d’autres pour les adultes ?

Avec Nanouk l’Esquimau (1922) de Robert Flaherty, projeté sur un drap blanc en colonie de vacances, j’ai appris que le cinéma ouvrait des fenêtres vers l’ailleurs, d’autres civilisations, d’autres usages.

Enfin, avec le cinéma de quartier de mon enfance, à cinquante mètres de chez moi, j’ai appris la force de l’expérience collective au sein même du lieu du spectacle. Et encore aujourd’hui, après avoir découvert des centaines d’autres films, il est toujours question pour moi de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et de ne pas perdre la mémoire. C’est pourquoi, plus que jamais, j’estime nécessaire de réaffirmer la légitimité de l’éducation à l’image en tant qu’elle repose sur une médiation fondamentale entre les oeuvres et les publics. Et je constate qu’après plus de vingt années de retours d’expériences, cette question de la légitimité reste posée.

Sans doute parce que comme le dit Renoir, le cinéma est un « objet révolutionnaire » et qu’il échappe aux contraintes d’une didactique qui en rassure certains. Pourtant, chacun est en mesure de se convaincre de cette légitimité y compris les parents et aussi certains éducateurs, enseignants, inspecteurs,… qui doivent comprendre que le cinéma a sa place à l’école et qu’il participe de l’éducation de leur enfant.


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